Intestin, bactéries et émotions : quand notre ventre parle à notre cerveau

Intestin, bactéries et émotions : quand notre ventre parle à notre cerveau

Et si une partie de notre stress, de notre hypersensibilité ou de notre dépression venait de nos bactéries ? Découvrez les liens fascinants entre le microbiote intestinal et la santé mentale.

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Et si une partie de notre stress, de notre hypersensibilité ou de notre dépression venait… de nos bactéries ?

Cette idée peut sembler déroutante, presque science-fictionnelle, et pourtant : la recherche sur le microbiote intestinal bouleverse notre manière de penser la santé mentale. C’est le cœur du travail du Pr Gabriel Perlemuter, hépatogastro-entérologue, nutritionniste et chercheur sur le microbiote.

Dans une approche de santé mentale 360°, qui relie corps, émotions, environnement et comportements, l’intestin devient un acteur central. Regardons pourquoi.

Nous ne sommes pas “seuls” : le corps comme écosystème

Notre corps n’est pas uniquement constitué de cellules humaines : nous vivons en symbiose avec des milliers de milliards de bactéries.

On les retrouve :

  • surtout dans le tube digestif,
  • mais aussi sur la peau, dans la bouche, le vagin, les poumons, et probablement même dans le sang.

Longtemps, on a associé « microbe = ennemi ». Aujourd’hui, on sait que :

  • une minorité de bactéries sont réellement dangereuses ;
  • la plupart sont neutres ou bénéfiques ;
  • plus notre microbiote est riche et diversifié, plus il semble associé à une bonne santé physique et mentale.

Les chercheurs parlent d’« holobionte » : un être composé à la fois de cellules humaines et de micro-organismes. Dans une vision 360°, ce n’est plus “le cerveau d’un côté, le corps de l’autre”, mais un système interconnecté où l’intestin joue un rôle majeur.

Quand les microbes influencent le comportement

Des exemples issus de la biologie illustrent à quel point des micro-organismes peuvent moduler un comportement :

  • Le parasite Toxoplasma gondii, par exemple, modifie le comportement de la souris pour la rendre moins craintive du chat, afin de compléter son cycle de vie.
  • D’autres parasites poussent certaines fourmis à se mettre en danger, jusqu’au suicide, pour permettre au parasite de se développer.

Ces exemples ne concernent pas des bactéries intestinales, mais ils montrent une chose essentielle :

Des êtres microscopiques capables de vivre en nous peuvent modifier notre comportement.

Chez l’humain, les études suggèrent aujourd’hui que le microbiote intestinal influe sur :

  • le stress,
  • l’anxiété,
  • certains symptômes de dépression,
  • et plus largement notre façon de ressentir le monde.

Cela ne veut pas dire que “nos bactéries décident à notre place”, mais que notre libre arbitre et notre état psychique s’inscrivent dans un contexte biologique plus large, dont le microbiote fait partie.

Le microbiote dans le sang : une nouvelle piste pour la dépression

Pendant des décennies, on a appris que le sang était stérile.

Avec les nouvelles techniques d’analyse génétique, on détecte pourtant de l’ADN bactérien dans la circulation sanguine.

On ne comprend pas encore tout, mais une équipe de recherche à laquelle appartient le Pr Perlemuter a montré que :

  • le profil d’ADN bactérien dans le sang varie chez les personnes dépressives,
  • ce profil est corrélé à l’intensité de la dépression,
  • il pourrait même aider à prédire l’efficacité de certains traitements antidépresseurs.

Nous n’en sommes pas encore à une médecine totalement personnalisée, mais la direction est claire : utiliser le microbiote comme un marqueur pour mieux comprendre, prévenir et traiter certains troubles psychiques.

Trop d’hygiène, pas assez de bactéries : un faux bon réflexe

Notre société valorise l’hygiène, et c’est évidemment une bonne chose pour éviter les infections. Mais le message devient problématique quand on glisse vers une obsession de la stérilisation :

  • biberons stérilisés à outrance,
  • tétines systématiquement “désinfectées”,
  • usage excessif d’antibiotiques,
  • environnement ultra-aseptisé.

Or, le microbiote se met en place surtout pendant les trois premières années de vie, et même déjà in utero, selon l’alimentation et la santé de la mère (antibiotiques, alcool, qualité des repas, etc.).

Un excès d’hygiène ou d’antibiotiques dans ces périodes clés peut :

  • appauvrir la diversité du microbiote,
  • augmenter la vulnérabilité de l’enfant à certaines maladies (surpoids, diabète, maladies auto-immunes, troubles anxieux ou dépressifs…).

Le message n’est pas “vivons sales”, mais :

Cherchons un équilibre : une hygiène raisonnable, mais pas de guerre totale contre toutes les bactéries.

Alimentation, sucre, alcool : ce que l’on met dans notre assiette nourrit aussi notre psychisme

Ce que nous mangeons a un impact direct sur nos bactéries… et donc indirectement sur notre cerveau.

Ce que les bonnes bactéries aiment

  • les fibres (légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes) que nous ne savons pas bien digérer nous-mêmes ;
  • une alimentation peu transformée, variée, colorée ;
  • des produits fermentés de qualité (comme certains yaourts ou laits fermentés) chez les personnes qui les tolèrent.

Ce qui appauvrit le microbiote

  • une alimentation ultra-transformée (additifs, émulsifiants, etc.),
  • l’excès de sucre et de féculents raffinés,
  • les édulcorants “zéro calorie” qui perturbent les bactéries et le métabolisme,
  • l’alcool, qui agit comme un anxiolytique à court terme mais abîme le microbiote, augmente la porosité de l’intestin et l’inflammation.

Sucre et alcool ont un point commun :

  • ils soulagent parfois l’angoisse sur le moment,
  • mais créent une dépendance et détériorent, à moyen terme, la santé mentale et digestive.

Dans une vision 360°, on ne regarde donc pas seulement “le cerveau” ou “les pensées”, mais aussi ce qui se trouve dans l’assiette, dans le verre… et dans l’intestin.

Hypersensibles : quand le ventre devient le lieu de tous les signaux

Pour les personnes hypersensibles, le ventre est souvent un point faible.

Elles ressentent plus intensément :

  • les émotions,
  • les stimulations extérieures,
  • et les signaux internes (gaz, distension, douleurs).

Résultat :

  • de “petites” fermentations intestinales, presque imperceptibles chez d’autres, peuvent provoquer chez elles de véritables douleurs, ballonnements, inconfort permanent ;
  • beaucoup d’hypersensibles consultent avec des examens rassurants (prise de sang, coloscopie, etc.), mais un vécu très lourd : on parle alors souvent de dysbiose (déséquilibre du microbiote) et de troubles fonctionnels.

La prise en charge, dans une approche de santé mentale 360°, combine :

  • adaptation alimentaire (parfois régime pauvre en FODMAPs sur un temps limité, puis réintroduction progressive),
  • soutien du microbiote (probiotiques, prébiotiques, éventuellement postbiotiques),
  • travail sur le stress, les traumatismes, l’anxiété (psychothérapie, hypnose, sophrologie, EMDR…),
  • accompagnement dans le respect du rythme de la personne, sans promesse de “guérison miracle”.

L’objectif n’est pas la perfection, mais une amélioration globale de la qualité de vie.

Probiotiques, prébiotiques : alliés possibles, mais pas baguette magique

Les probiotiques sont des micro-organismes vivants (bactéries ou levures) administrés en quantité suffisante pour exercer un effet bénéfique.

Les prébiotiques, eux, sont la nourriture de nos bonnes bactéries (ex. fructo-oligosaccharides, galacto-oligosaccharides).

Quelques repères

  • Les probiotiques ne s’implantent pas forcément durablement : ils “passent”, agissent, puis sont éliminés.
  • Leur efficacité varie selon les souches, les doses, les personnes et le contexte.
  • Chez certaines personnes (stress, troubles digestifs, hypersensibilité), ils peuvent faire partie d’une stratégie globale : alimentation adaptée + soutien psychologique + probiotiques / prébiotiques.
  • En général, si aucune amélioration n’apparaît au bout d’un mois, il peut être pertinent d’ajuster la souche ou d’arrêter.

Là encore, l’idée n’est pas : “un probiotique va tout régler”, mais : ajouter une corde de plus à l’arc de la prise en charge.

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